Caféine & conduites addictives

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Caféine & conduites addictives

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Caféine & conduites addictivesPar le Dr Antoine Canat, médecin ressources au sein de Généralistes et Addictions Hauts de France

La caféine (= théine) est le stimulant le plus consommé dans le monde… et l’un des plus sous-estimés en clinique.

L’impact de la caféine dépend surtout de :

  • ✔ l’horaire de prise
  • ✔ la dose
  • ✔ les co-consommations
  • ✔ l’usage aigu versus chronique

1. Mécanisme : pourquoi la caféine perturbe le sommeil ?

  • Lorsque nous restons éveillés, le cerveau consomme de l’énergie et produit de l’adénosine, une substance qui s’accumule progressivement et augmente la pression de sommeil, expliquant pourquoi plus on veille longtemps, plus le besoin de dormir se fait sentir.).
  • La caféine bloque les récepteurs à l’adénosine → masque la fatigue, retarde l’endormissement, réduit le sommeil profond.

2. Métabolisme : pourquoi certains patients « supportent mal » le café ?

Les effets de la caféine sur le sommeil sont très variables d’une personne à l’autre en raison de polymorphismes génétiques (CYP1A2 lent vs rapide, ADORA2A sensible), notamment du métabolisme hépatique et de la sensibilité cérébrale, modulés par des cofacteurs individuels. L’âge, la grossesse, la contraception hormonale ou le tabagisme influencent également la durée et l’intensité de ses effets, expliquant des réponses cliniques très hétérogènes à consommation équivalente.

3. Usage aigu ≠ usage chronique

En usage aigu, la caféine retarde l’endormissement et diminue la durée et la profondeur du sommeil, avec des effets pouvant persister plusieurs heures.

En usage chronique, malgré une adaptation apparente, elle peut altérer durablement le sommeil profond par des micro-éveils et une dette de sommeil masquée, même si certaines personnes ne présentent aucune altération clinique, en lien avec un important polymorphisme interindividuel.

4. Quand arrêter la caféine ?

👉 Derière prise : 8 à 10 h avant le coucher. Ex. Coucher 23 h → dernier café avant 14h.

5. Co-consommations :

La caféine comme renforçateur indirect peut :

  • Augmenter le craving (fatigue → café → tension/irritabilité → usage de substances)
  • Servir de “substitut” stimulant pour compenser sédation d’autres drogues (cannabis, opioïdes, benzos)

Sommeil, santé mentale et alimentation

Les troubles du sommeil constituent à la fois un facteur de risque, un symptôme et un facteur de maintien de nombreux troubles de santé mentale (anxiété, troubles de l’humeur, troubles de l’attention), indépendamment des consommations. La dette de sommeil favorise par ailleurs des prises alimentaires inadaptées (quantité et qualité), participant à la dysrégulation émotionnelle, métabolique et comportementale observée chez de nombreuses personnes.

Le conseil de Généralistes et Addictions Hauts de France :

La consommation de caféine est un déterminant souvent négligé. L’interroger systématiquement (dernière prise de caféine) permet d’identifier des facteurs simples à corriger avant d’envisager une prescription d’hypnotique ou d’anxiolytique.

Une vigilance particulière s’impose chez les fumeurs, les travailleurs postés et les femmes enceintes, dont le métabolisme de la caféine est modifié. La triade caféine–tabac–alcool constitue par ailleurs une combinaison fréquemment perturbatrice.En cas de situations complexes ou lorsque les consommations s’entretiennent avec les troubles du sommeil, n’hésitez pas à solliciter l’avis du CSAPA de proximité ou à participer à une Intervision sur votre secteur (gahdf.fr/evenements/) afin d’ajuster la prise en charge dans une dynamique interprofessionnelle.

Références :

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  • Gardiner C, Weakley J, Burke LM, Roach GD, Sargent C, Maniar N, Townshend A, Halson SL. The effect of caffeine on subsequent sleep: A systematic review and meta-analysis. Sleep Med Rev. 2023 Jun;69:101764.
  • Carissa L Gardiner, Jonathon Weakley, Louise M Burke, Francesca Fernandez, Rich D Johnston, Josh Leota, Suzanna Russell, Gabriella Munteanu, Andrew Townshend, Shona L Halson, Dose and timing effects of caffeine on subsequent sleep: a randomized clinical crossover trial, Sleep, Volume 48, Issue 4, April 2025, zsae230.
  • Van Dam RM, Hu FB, Willett WC. Coffee, Caffeine, and Health. N Engl J Med. 2020 Jul 23;383(4):369-378. doi: 10.1056/NEJMra1816604.
  • Turnbull D, Rodricks JV, Mariano GF, Chowdhury F. Caffeine and cardiovascular health. Regul Toxicol Pharmacol. 2017 Oct;89:165-185.
  • Poole R, Kennedy OJ, Roderick P, Fallowfield JA, Hayes PC, Parkes J. Coffee consumption and health: umbrella review of meta-analyses of multiple health outcomes. BMJ. 2017 Nov 22;359:j5024.
  • Grosso G, Micek A, Castellano S, Pajak A, Galvano F. Coffee, tea, caffeine and risk of depression: A systematic review and dose-response meta-analysis of observational studies. Mol Nutr Food Res. 2016 Jan;60(1):223-34. • Effects of Caffeine on Cognitive Performance, Mood, and Alertness in Sleep-Deprived Humans.

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