Prévention des overdoses aux opioïdes : la naloxone, un réflexe en proxipraxie

Par le Dr Antoine Canat, médecin ressources au sein de Généralistes et Addictions Hauts de France
Qu’est-ce qu’une overdose aux opioïdes ?
Une overdose, ou surdose, (excès d’effet opioïde) peut entraîner une dépression respiratoire, un coma puis le décès. Elle peut survenir avec des opioïdes illicites (héroïne le plus souvent), mais aussi avec des médicaments : méthadone, morphine, oxycodone, fentanyl, tramadol, codéine, buprénorphine… 1
Les signes qui doivent alerter sont principalement :
- Une altération importante de la conscience (somnolence ou impossible à réveiller) ;
- Une respiration anormalement lente, irrégulière ou absente ;
- Un myosis — pupilles très serrées — qui renforce la suspicion. 2
Devant une altération de la conscience associée à une dépression respiratoire chez une personne exposée à un opioïde, il ne faut pas attendre d’avoir la certitude diagnostique pour agir.3
Qui est particulièrement à risque ?
Toutes les personnes exposées aux opioïdes peuvent être concernées, mais certaines situations doivent renforcer la vigilance :
- Traitement de substitution aux opioïdes (TSO), notamment méthadone (à l’instauration, après modification de la posologie ou après interruption) ;
- Reprise d’opioïdes après une période d’abstinence ou de moindre consommation : sortie d’hospitalisation, de sevrage, d’incarcération, etc. ;
- Antécédent de surdose ;
- Traitement antalgique opioïde avec augmentation des doses, mésusage ou dépendance ;
- Association avec d’autres dépresseurs du système nerveux central : alcool, benzodiazépines, gabapentinoïdes, autres opioïdes.
La naloxone : penser prévention avant l’urgence
La naloxone4 est l’antidote spécifique des surdoses aux opioïdes pour les professionnels mais aussi tout témoin formé à son utilisation. Disponible sous forme de kits prêts à l’emploi, notamment par voie nasale ou intramusculaire.
Lors de la prescription d’un TSO, “penser naloxone” devrait devenir un réflexe quasi systématique, tout particulièrement avec la méthadone. Pour les antalgiques opioïdes, le risque de surdose doit être évalué et la pertinence d’un kit de naloxone envisagée, notamment chez les personnes vulnérables.

Que peuvent faire les praticien.ne.s de proximité ?
Pour les prescripteur.rices :
- Intégrer le risque de surdose à l’évaluation d’un traitement opioïde ;
- Lors d’un TSO (méthadone en particulier), associer très largement un kit de naloxone à la prescription (vigilance : péremption rapide des kits);
- Réévaluer ce besoin lors d’un changement de traitement, d’une reprise de consommation ou de l’apparition de co-consommations ;
- Expliquer en quelques minutes quand et comment utiliser le kit.
Pour les pharmacien.ne.s 5:
- une opportunité de prévention. Repérer les associations à risque, informer sur son accès et son utilisation.
Pour les IDE :
- les contacts répétés au domicile ou au cabinet permettent de repérer somnolence inhabituelle, mésusage, modifications de doses, co-consommations ou périodes de fragilité.
- Les IDE peuvent également vérifier qu’un kit est disponible et accessible, rappeler son utilisation, sensibiliser l’entourage et faire le lien avec le médecin et le pharmacien.
La naloxone : peu de risques, mais quelques repères
La naloxone présente un profil de sécurité très favorable. Sa contre-indication formelle est essentiellement une hypersensibilité connue à la naloxone ou à l’un de ses excipients. Chez une personne dépendante aux opioïdes, son administration peut provoquer un syndrome de sevrage aigu, désagréable mais à mettre en balance avec le risque vital d’une surdose non traitée.
Son action est relativement courte (20-30 min) : l’amélioration après administration ne dispense jamais d’appeler le 15 ou le 112 et de surveiller la personne. Une nouvelle administration peut être nécessaire quelques minutes plus tard selon le produit et l’évolution clinique.
Et surtout : informer l’entourage
Prescrire ou délivrer un kit ne suffit donc pas. Il faut autant que possible que l’entourage sache : qu’un kit existe, où il se trouve, comment reconnaître une overdose, comment l’administrer et qu’il faut appeler immédiatement les secours. La HAS recommande explicitement d’associer l’entourage à cette prévention et de conserver le kit dans un endroit accessible aux personnes susceptibles d’intervenir.
Des outils existent
Il n’est pas nécessaire de construire soi-même toute l’information.
La newsletter de la SRAE Addictologie rassemble notamment les ressources de la HAS, de l’ANSM et des Ordres professionnels sur la prévention des surdoses. Elle propose également une fiche Naloxone6 destinée aux professionnels, patients et entourage, et renvoie vers naloxone.fr, qui met à disposition formation, boîte à outils et ressources pratiques.
Le conseil de G&A
« La prévention des overdoses ne relève pas uniquement des structures d’addictologie. Elle peut commencer lors d’une prescription, d’une délivrance ou d’un soin courant. Devant un TSO (particulièrement la méthadone) ou une situation de vulnérabilité sous opioïdes, trois questions simples peuvent devenir un réflexe : Y a-t-il une naloxone disponible ? Est-elle accessible ? Une personne de l’entourage sait-elle l’utiliser ? Quelques minutes d’information peuvent permettre à un proche d’agir au moment où chaque minute compte. »
Références
- Haute Autorité de Santé. Bon usage des médicaments opioïdes : antalgie, prévention et prise en charge du trouble de l’usage et des surdoses. 2022. (Haute Autorité de Santé) ↩︎
- Haute Autorité de Santé. Opioïdes : prévenir le risque de surdose. 2023. (Haute Autorité de Santé) ↩︎
- Haute Autorité de Santé. De la prévention du trouble de l’usage et des surdoses à la prise en charge des surdoses d’opioïdes. 2022. (Haute Autorité de Santé) ↩︎
- ANSM/Base de données publique des médicaments. VENTIZOLVE – Résumé des caractéristiques du produit, actualisé en février 2026. (Base de Données Publique des Médicaments) ↩︎
- Ordre national des pharmaciens. Surdoses aux opioïdes : faciliter l’accès à la naloxone. (CNOP) ↩︎
- ANSM / réseau des CEIP-Addictovigilance. Programme national POP’IN, 2026. (CNOP) ↩︎
Les images ont été générées à partir des vecteurs de pch.vector sur freepix.fr ou de chat gpt
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